Souvenirs d’une ville

Reconnaissance territoriale:

J’aimerais commencer par reconnaître que mon projet est située en territoire autochtone, lequel n’a jamais été cédé. Je reconnais la nation Kanien’kehá: ka comme gardienne des terres et des eaux sur lesquelles nous nous réunissons aujourd’hui. Tiohtiá:ke / Montréal est historiquement connu comme un lieu de rassemblement pour de nombreuses Premières Nations, et aujourd’hui, une population autochtone diversifiée, ainsi que d’autres peuples, y résident. C’est dans le respect des liens avec le passé, le présent et l’avenir que nous reconnaissons les relations continues entre les Peuples Autochtones et autres personnes de la communauté montréalaise.

Description du projet:

L’été dernier, après avoir été invitée par le Rokeby Museum à être leur artiste en résidence pour la saison estivale, j’ai reçu ma première bourse de recherche et création d’un an du Conseil des arts du Canada (1 juin 2020 au 31 mai 2021).

À partir de la recherche menée lors de la résidence, j’ai développé l’idée d’un projet de paysage urbain et d’art postal. La Galerie BBAM! à Montréal m’a invité à exposer ce nouveau corpus en été 2022.

Ce projet explore les récits communs évoqués par les sites urbains et se déploie en trois parties : production d’une série de cartes postales, performance collective d’art postal, conception d’une installation exposée à la Galerie BBAM!.

Cartes postales :

Le devant de chaque carte présentera un monument ou un site de Tiohtià:ke/Montréal. L’endos de la carte imitera le design d’une carte postale typique, en incluant une brève description du sujet (en français et en anglais).

Je souhaite créer des paysages contemporains qui remettent en question la perspective historique qui présente le Québec et le Canada comme des terres vierges. L’image fixe se soumet à l’œil qui l’a cadré, mais la carte postale nous invite à réécrire et raconter. Mes paysages urbains utilisent les monuments et d’autres marqueurs architecturaux pour souligner la présence et les récits de différentes communautés culturelles. Les histoires africaines, autochtones et françaises, et tant d’autres, sont actives dans le récit montréalais qui sous-tend ce projet. Cependant, ces histoires sont souvent séparées et interagissent rarement.

Art postal :

Je veux résister à adopter la voix traditionnellement autoritaire de l’artiste du paysage. Je veux plutôt, à travers une performance d’art postal, alimenter la discussion et les réactions d’autres artistes qui possèdent des perspectives différentes.

Une fois les cartes postales imprimées, je vais les poster à des artistes. Je demanderai aux participants de partager leurs propres expériences, savoirs et relations aux douze sujets en écrivant ou en dessinant une réponse sur chacune des cartes qu’ils me retourneront.

Je vais inviter des gens appartenant à un réseau local montréalais à recevoir mes cartes, à participer et à me répondre afin d’encourager une lecture de l’histoire vivante grâce à l’inclusion et à la collaboration d’une multitude de voix et de perspectives.

En élaborant mon réseau d’art postal, j’ai choisi des participants qui, à travers leurs recherches et/ou leurs expériences personnelles, peuvent élargir ou remettre en question le rôle de ces monuments et de ces sites.

Installation :

Dans la présentation finale de l’œuvre, je vais suspendre les cartes postales à partir du plafond afin d’inciter les visiteurs à regarder mes images en même temps que les réponses de mon réseau d’art postal. Je souhaite que des histoires et des récits variés se mêlent, coexistent et interagissent dans un espace partagé avec les images des monuments qui les ont suscitées.

Avec cette série, je vais explorer comment la technique (art mural traditionnel, cartes postales imprimées, installation) contribue à la compréhension conceptuelle de mon travail par le public. Le format et la forme de l’installation vont transformer les cartes postales en un genre de monument. Cette présentation invitera à une réflexion sur la nature des monuments. La pluralité des voix qu’incarne la carte postale d’un monument entre en contraste avec les monuments traditionnels (présentés sur les cartes) qui propose généralement une perspective et une histoire singulières.